Mauvais rêve

Assis dans la vapeur,

Tu contemples le lac

Qui exhale une odeur

De poivre et de cognac.

De ce plat miroir brun,

Tu entends le ressac,

Et tu sens les embruns

Qui te fouettent et qui claquent.

 

Un dense et chaud soupir

Monte de la surface,

S’en aller parcourir

Tes narines voraces,

Te faire désirer,

En cet instant fugace,

De faire un peu durer,

Ce qui n’est que préface.

 

Car déjà les cieux clairs

Dans un éclat dément,

Se fendent en un éclair,

Si noir et véhément,

Que la terre elle-même,

Dans son effroi, dément

La communion suprême,

De tous les éléments :

 

La sublime intinction,

Du blanc croissant de lune,

Sa lente infiltration,

Dans l’eau de la lagune,

Tandis que concentriques,

Les rides une à une,

Célèbrent dans la crique,

Cette union de fortune.

 

Mais aussitôt après,

Séléné se retire,

Et remonte d’un trait,

Jusque dans son empire.

Elle a quitté l’ivoire,

De sa robe  de cire

Pour être toute noire,

Au moment de partir.

 

Elle semble peureuse,

Elle pleure d’ailleurs

Des larmes charbonneuses,

Devant son agresseur.

Car il y a trois doigts,

Apparus tout à l’heure,

Qui la mettent aux abois,

En lui pressant le cœur.

 

Et la lune adorée,

Avant de rendre l’âme,

D’une écorce dorée,

Se recouvre et déclame :

Je suis pâtisserie,

Mais ce n’est pas un drame,

C’est la cocasserie,

Du rêve qu’on entame.

 

Et sur ces mots curieux,

Tu la vois qui s’avance,

Avec un air sérieux,

Deux ou trois pas de danse,

Elle entrouvre ta bouche,

Elle se fait pitance,

Et t’étouffe, te bouche,

Dans un cri de jouissance !

 

Puis voici qu’à deux pas,

Une miette se lève,

Et tu vois ton trépas,

Dans ce décor de rêve,

Plus proche que jamais.

Te menaçant d’un glaive,

Elle te court après,

Mais la fin sera brève.

 

Car dans cet air gluant,

Tu ne peux pas bouger,

Te démener, suant,

Cesser de patauger.

Elle t’a rattrapé,

Et tu vas abréger :

Plonger dans le café,

Avant d’être égorgé.

 

Et un cri, et voilà,

Et tu es dans ton lit.

Tu es bien, tu es là,

Au loin de l’hallali.

Tu peux entendre, éteint :

Un sifflement faiblit.

La bouilloire d’étain,

Les tasses dépolies.

 

 

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3 réflexions sur “Mauvais rêve

  1. Poème écrit sur le thème “café-croissant” :)

  2. laurentdhoop dit :

    Je ne dégusterais plus jamais un café-croissant de la même façon!!!

    Ton poème est magnifiquement bien écrit.

    Je n’avais pas bien compris le sujet à la première lecture, chapeau!!!!!

    C’est avec un réel plaisir que je m’en vais lire tes autres textes!!!!

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