Un air rare et rance, riche, comme lourd de présences, comme une promesse de rêve.
J’ai pénétré dans la cave, et déjà le contact moelleux de la terre battue, rebattue, humide et tiède, m’invite à une lenteur respectueuse.
Pas un mot, seul le bruit de mes pas se répercute mollement, étouffé, sur les parois pourries, sur les murs matelassés d’une mousse suintante, et sur quelques dames-jeannes égarées et solitaires, faisant le guet, hors du temps, franches-tireuses abandonnées par leur régiment, tenant toujours le front, nimbées de poussière et de fierté militaire.
Le soupirail répand à travers ses barreaux les rayons d’une lumière éparse, pâle comme le voile d’un matin d’hiver, qui tachète au hasard, avec la délicatesse d’une surprise, les débris d’époques révolues, entassés dans tous les coins.
Une odeur aigre-douce de renfermé me prend au nez, la magie opère, la cave m’a adopté et m’emporte au loin dans ses souvenirs d’outre-tombe.
Je savoure l’instant, et fais durer les secondes, assis sur une vieille chaise de rotin décharné.
Mon œil d’historien scrute, mon cœur de poète rêve, mon âme s’abandonne à la douceur du phantasme.