Prenez un bon pain de boulangère et versez la soupe sur de belles tranches préalablement mises à dorer quelques minutes dans l’âtre. J’insiste mesdames, un bon pain de boulangère, et je ne crains point ainsi de vous offenser, aussi bonne ménagère et pâtissière que vous soyez.
La raison de mon exigence est toute simple ; la voici : la farine utilisée par votre boulanger n’est pas la même que la vôtre ! Eh oui, bien que vous les achetiez toutes deux chez le même meunier et qu’elles proviennent toutes deux des mêmes épis gorgés du soleil de nos fertiles plaines. Car votre boulanger entrepose longtemps à l’avance dans un endroit bien sec de son établi de grandes quantités de cette farine, de manière à n’en jamais être dépourvu. Et cette farine, contrairement à la vôtre, travaille. Elle entame une légère fermentation qui lui donne une acidité mais aussi une légèreté supérieures à la vôtre, si bien que les alvéoles du pain s’en ressentent. Naturellement, nos palais abrutis n’y voient que du feu, mais la soupe, elle, ne s’y trompe pas. Ses petites particules douces et voluptueuses se logent bien mieux dans la mie et les alvéoles du pain de votre boulanger.
La réussite de la recette reposant essentiellement sur la texture finale du pain, que l’on retire une fois complètement imbibé, et que l’on plonge alors dans une friture de belle huile provençale bien chaude, le respect de cette stricte consigne conditionnera certainement le rendu final de votre plat.